15 septembre 2017

Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc

Possiblement très rude à encaisser, le dernier film de Bruno Dumont m'a finalement emporté. C'est peut-être mon goût pour la légende de Jeanne d'Arc (étant d'extrême droite), pour les enfants (étant poursuivi par les autorités), et pour le heavy metal (étant un fan de Radiohead de la 1ère heure) qui aident, mais je dois bien dire que Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc, film musical osé s'il en est, et variation pour le moins originale sur un mythe toujours fascinant, malgré ses récupérations tous azimuts, est en fin de compte un film très fort. Il y a des moments, des éléments, qui peuvent faire grincer des dents ou scier les nerfs, disons-le, comme quand Sainte Marguerite, Sainte Catherine et Saint-Michel dansent suspendus dans les airs sur une chorégraphie twist, ou quand l'oncle de Jeanne fait de la tectonic au fond de la chaumière. Mais combien de plans sublimes par ailleurs ? Et quelle beauté se dégage de ce paysage unique (dunes, moutons, ruisseau), de ce ciel bleu, et au milieu le beau visage de la petite Jeannette, ses yeux en amandes qui nous fixent en disant Péguy, ses grandes dents de devant quand elle chante avec emphase et maladresse, ses pieds qui battent le sable ou sont jetés en arrière, ses cheveux secoués de haut en bas.




Dumont peut irriter mais il vise juste la plupart du temps, par exemple dans sa façon d'annuler constamment le décalage initial. La fillette dit la poésie de Péguy, soit des répliques qu'aucun enfant ne pourrait déballer, mais elle le fait comme une enfant joue réellement, en classe par exemple, du théâtre, avec, entre deux hésitations, une sincérité décuplée. Ce que l'on voit à l'image, c'est à la fois la conviction, la force de caractère, la trempe de la future Jeanne d'Arc, et le doute, la fragilité, la maladresse d'une enfant qui n'est pas encore une légende, qui est humaine. Les autres comédiens aussi jouent comme ils peuvent, dansent parfois mal, chantent souvent faux, charriant dans le film, avec la bénédiction de Dumont, tout ce qu'ils sont dans la vie, mais cela contribue à l'impression de voir un monde, avec ses ruptures, ses contradictions, son mélange brusque de ridicule et de sublime, à travers toutes ces formes ambiguës (la transe des deux fillettes qui marchent sur le sable comme Linda Blair dans les escaliers de L'Exorciste, le headbanging de Jeanne et des sœurs Gervaise, qui tend la prière vers l'incantation démoniaque), et ces échos entre le monde récent et celui du Moyen Âge (les doigts en V penchés devant les yeux à la Thurman et Travolta comme les mouvements tectonic prennent une autre dimension déplacés dans un sous-bois ou dans une chaumière de paysans du XVème siècle et rapportés à la fable mystique fondatrice).




La première partie est clairement, à mon sens, la plus réussie, parce que Jeanne y est une enfant de huit ans (Lise Leplat Prudhomme, avant d'apparaître adolescente sous les traits de Jeanne Voisin), et que Dumont parvient à faire un film d'enfance, c'est-à-dire un huis-clos où les personnages tournent en rond, semblent sortir de nulle part, où la fillette est chez elle dans l'écrin minuscule que forment les dunes, parmi les moutons qui bêlent entre deux adresses au ciel, perdant la notion du temps, parlant, chantant (de manière affectée, comme une petite fille imite mal sa chanteuse préférée devant son miroir ; et ce chant-là est plus acceptable de la petite Lise que de la plus adulte Jeanne Voisin), et dansant seule, répétant la même litanie, celle de Péguy, en boucle dans une sorte d'éternelle journée dilatée. Et pourtant on ne s'ennuie pas (c'est parfois le cas dans la deuxième partie), parce que l'enfant est extrêmement présente et sincère, dès sa première apparition, parce que Dumont filme chaque geste avec la même intensité et parce que les plus infimes décrochages sont violents (ne serait-ce que le changement de coiffure de Jeannette après l'apparition des anges). Ainsi, de la même façon qu'un ruisseau vaut pour la Meuse, une chose toute petite, une pièce de village, un spectacle de fin d'année, est en même temps immense (Péguy, l'éveil d'une héroïne, Dieu). La chute de cheval, à la fin, ne gâche rien.


Jeannette, l'enfance de Jeanne d'Arc de Bruno Dumont avec Lise Leplat Prudhomme, Jeanne Voisin, Lucile Gauthier (2018)

7 septembre 2017

Jeepers Creepers 2

Jeepers Creepers 2 est l'exemple typique d'une suite qui pue du bec. On pourrait croire qu'un tâcheron s'est chargé de l'affaire, mais c'est bel et bien Victor Salva himself qui a remis le couvert. Quelle déception ! Si les moyens et le budget semblent supérieurs, cette suite se révèle d'une tristesse inouïe et incomparable à l'original. On peut tout de même saluer Victor Salva, sans doute conscient que l’effet de surprise n’agirait plus, pour ne pas avoir essayé de refaire exactement la même chose. Ainsi, le creeper apparaît à l’écran dès la première scène du film, de loin la meilleure. Une scène d’introduction bien emballée où le creeper se déguise en épouvantail pour surprendre un enfant dans un champ de maïs et s’envoler avec lui. Tout cela devant les yeux du papa (Ray Wise, à cran), impuissant, qui aura par la suite très envie de se venger. On nous apprend ensuite, par quelques lignes, que le creeper est alors en activité depuis 22 jours (si vous avez bien suivi le premier épisode, vous savez que le monstre ne bosse que 23 jours tous les 23 ans... peinard). Pour fêter la quille, il décide donc de s’offrir un bus rempli de jeunes basketteurs comme casse-croûte.




Si mes souvenirs sont bons, cette suite pénible s'inscrit dans la continuité du premier épisode, l'action se déroule seulement quelques jours plus tard. Apparemment, Victor Salva a dû commettre un petit oubli car, étant donné l'état de la végétation, on n'a pas du tout l’air d’être au printemps. Bref. Le film est extrêmement prévisible, les personnages sont tous très énervants et l'ensemble est donc très ennuyeux. Dans la troupe de jeunes connards pris d'assaut par le creeper, on retrouvera encore une imbuvable medium : une jeune fille qui aura régulièrement des visions de la bête. Bien pratique, parce que cela lui permettra de tout raconter aux spectateurs qui, manque de bol, ont loupé le premier film, et surtout, aux autres ados qui, évidemment, la croiront sur parole. Dans le bus, l'atmosphère va vite se vicier : les ados débiles finiront par s’opposer et s’engueuler sans arrêt. Tout cela aboutit à quelques moments purement insupportables.




Le padre revanchard du gamin tué en guise d'amuse-gueule viendra finalement en aide aux joueurs de baskets et finira bien sûr par prendre le dessus sur cette enflure de creeper, je ne me souviens plus trop comment. Ce dont je me souviens très bien, en revanche, c'est de cette scène finale d'un ridicule à toute épreuve, où l'on découvre que le papa, devenu vieux, attend le réveil de la bestiole, qu'il a gardée bien au chaud chez lui, clouée au mur, les ailes dépliées, en train d'hiberner. Une bande d’ados vient alors rendre visite au vieillard qui, malin, a transformé sa baraque en un musée dédié au creeper à l'entrée payante. Les ados demandent alors au père "Depuis quand il est là, tout cloué ?", et celui-ci leur répond tranquillement, en zieutant sa montre gousset, "Oh, ça fait bientôt 23 piges..." ; un autre ado au physique disgracieux s’interroge "Vous avez l'air de le chécker de près, comme si vous le surveilliez ?", et au vieux de dire, avec un air de défi risible "Je me prépare à l’affronter, dans 3-4 jours, je vais lui foutre une rouste terrible dès qu'il ouvrira l’œil". Bref, une suite à oublier, mais dont on retient tout de même quelques bonnes répliques (dans le doublage québécois) et un moment assez crado : celui où le creeper, quasiment décapité par son ennemi, remplace sa tronche par celle d'un ado fraîchement digéré : la tête atroce du gosse remonte de l'estomac de la bête pour lui former une nouvelle ganache. Ça, c'est une chic idée !




Aujourd'hui, nous n'attendons plus grand chose d'un troisième opus, mais nous y jetterons à coup sûr un œil curieux avec l'espoir, tout de même bien présent, que Victor Salva parvienne à renouer avec la qualité d'un premier film qui, mine de rien, a su marquer une certaine génération de spectateurs, oubliant rarement de le citer quand il s'agit d'énoncer leurs films d'horreur préférés.


Jeepers Creepers 2 de Victor Salva avec Ray Wise, Jonathan Breck, Garikayi Mutambirwa et Eric Nenninger (2003)

4 septembre 2017

Jeepers Creepers

Produit par Francis Ford Coppola, écrit et réalisé par Victor Salva, Jeepers Creepers premier du nom a connu un succès surprenant lors de sa sortie en salles, il y a 16 ans, rapportant plus de 60 millions de dollars alors qu’il n’en avait coûté même pas le quart. En plus de cet argument commercial, le film se terminait par une fin très ouverte, il était donc inévitable qu’une suite soit rapidement mise en route. Deux ans plus tard, en 2003, Jeepers Creepers 2 a également connu un certain succès en se remboursant sans difficulté. Les rumeurs les plus folles ont depuis circulé autour d'un troisième épisode, les plus alléchantes l'annonçant comme un western apocalyptique futuriste mettant en scène une horde de creepers. Ce n'est finalement qu'en 2017 que Victor Salva a donné une suite aux aventures de son monstre, pour un épisode dont l'action se déroulera en réalité entre les deux premiers films. Le cinéaste parviendra-t-il à trouver un nouveau souffle après un deuxième volet pas vraiment glorieux ? Nous en aurons donc bientôt la réponse, mais en attendant, revenons plutôt aux origines...




Jeepers Creepers était effectivement une assez bonne surprise pour l'amateur de cinéma d'horreur, un film qui apparaissait comme très rafraîchissant à une époque où sortaient principalement des slashers post-Scream tous aussi minables les uns que les autres. La bobine horrifique de Victor Salva a l'inestimable mérite de commencer sur les chapeaux de roue. Deux jeunes, frère et sœur, traversent en bagnole un coin paumé du sud des États-Unis en direction de leur foyer parental quand un camion à l’aspect peu rassurant se met à leur poursuite. Après les avoir gentiment bousculés à coup de pare-chocs, l'étrange chauffeur continue sa route. Mais, quelques kilomètres plus loin, les deux jeunes retrouvent le véhicule garé près d’une église abandonnée, son mystérieux conducteur, simple silhouette menaçante, en déchargeant le sordide contenu...




Comme vous pouvez le constater, Jeepers Creepers s'appuie sur un pitch très basique mais efficace. La poursuite camion-voiture introductive fait immanquablement penser au génial Duel de Steven Spielberg, on peut même parler d'un hommage bref mais appuyé. Cette entame installe parfaitement l’ambiance, le film démarre fort, sur un rythme et une intensité qui nous accrochent immédiatement. Victor Salva s'y avère assez inspiré. Certains plans sont très réussis, celui où l’on voit pour la première fois la silhouette inquiétante du Creeper (le monstre, donc), près de l’église, est même assez marquant. Les acteurs ne sont pas vraiment irritants comme peuvent souvent l'être les jeunes zonards qui se retrouvent dans ce genre de rôles. Justin Long, dont la grande tronche a depuis fini par lasser (il était particulièrement pénible dans Die Hard 4 et Drag me to hell), est tout à fait supportable. Face à cette première demi-heure, nous comprenons tout à fait l’excellente réputation du film et nous nous imaginons tenir une petite perle.




Hélas, le film ne poursuit pas tout à fait sur le même ton et on peut véritablement le découper en deux parties, la première s’arrête aux alentours de l’heure de film lorsque l’identité réelle du méchant nous est pleinement dévoilée. Le reste est bien plus banal mais réserve toutefois quelques bons moments. Ainsi, on découvrira que l’apparence du monstre est particulièrement soignée : le "creeper" se distingue aisément des autres bestioles du cinéma fantastique, il a même une certaine classe grâce à ses deux ailes de chauves souris et son chapeau de cow-boy. Mais Victor Salva aurait mieux fait de nimber sa créature d'un voile plus épais de mystère. Un personnage exaspérant, celui d'une voyante ancestrale, finit par faire son apparition pour nous donner plus de détails sur la créature. On apprend alors que le creeper est une très ancienne saloperie qui, tous les 23 ans (pourquoi pas 25 ? allez lui demander) doit refaire surface au printemps et pendant 23 jours pour perpétuer des crimes affreux afin de se régénérer.




Bien que présent dans les entrailles de la Terre depuis la nuit des temps, le creeper a pour chanson préférée "Jeepers Creepers" de Johnny Mercer, sortie en 1938. On en déduit donc que, cette année-là, le monstre a dû sortir spécialement de sa planque pour aller se procurer ce vinyle et un tourne-disque. Cette chanson agréable ne sert en réalité qu'à donner parfois une petite touche ironique au film puisque son air entraînant et joyeux contraste toujours avec le contexte dans lequel il se fait entendre. Une scène coupée, issue de mon imagination, nous montre également le creeper s'envoyer le morceau et tortiller du cul dans sa cave... Bien que tout cet attirail légendaire soit somme toute très accessoire, le creeper est un monstre tout de même assez réussi de par sa dimension sexuelle assez malsaine. Ce n'est certes pas la première fois que l'on insiste autant là-dessus dans un film d'horreur de ce genre, mais je précise ici que le creeper, finalement peu intéressé par les nénettes, s'en prend exclusivement à des jeunes garçons, dont il hume les vêtements avec frénésie pour mieux retrouver leur trace...




On pardonne aisément les explications balourdes sur l'origine de la bête, et on salue plutôt la volonté de Victor Salva d'inventer un nouveau croque-mitaine. On lui en veut davantage d'avoir salopé la fin de son film. Dans son final laborieux, celui-ci perd en crédibilité et se transforme en un classique affrontement entre un monstre belliqueux et de jeunes gens pris pour cibles. Tout cela reste très regardable mais très pauvre en originalité et, plus grave encore, en frisson. Le film a cependant l’immense avantage de se conclure sur une bonne note. Le dernier plan, très gore et osé, vient rappeler au spectateur qu’il a tout de même passé un bon moment, malgré une deuxième partie qui ne peut que décevoir après l’excellent début. Si on fait le bilan, Jeepers Creepers demeure donc un film d’horreur honnête, que l'on redécouvre encore avec un certain plaisir.


Jeepers Creepers de Victor Salva avec Justin Long, Gina Philips et Jonathan Breck (2001)

31 août 2017

Seven Sisters

C'est avec une certaine frilosité que je me suis laissé tenter par ce Seven Sisters, qui a tout, au départ, pour inquiéter, de l'affiche au pedigree de son réalisateur norvégien Tommy Wirkola (réalisateur de Dead Snow et de Hansel et Gretel : Witch Hunters, deux trucs que je n'ai pas vus). Mais je dois bien dire qu'au final ce petit film de science-fiction, qui relève d'ailleurs plus directement du thriller, n'est pas inintéressant, et se révèle même très réussi dans sa première partie. L'histoire se déroule dans un futur relativement proche où la planète est plus que jamais victime de surpopulation. Pour y remédier, le Bureau d'Allocation des Naissances, dirigé par Nicolette Cayman (la flippante Glenn Close), met en place une politique d'enfant unique à la chinoise. Tous les enfants surnuméraires sont traqués puis confinés et enfin cryogénisés en vue d'être réveillés un beau jour, quand la Terre se portera mieux. Un type, Terrence Settman (Willem Dafoe, également à l'affiche de Death Note, un autre film Netflix actuellement sur les écrans, quant à lui totalement merdique : votre dernier pet a plus de qualités), refuse de se soumettre à cette loi quand naissent les sept filles jumelles de sa propre fille morte en couches.




Terrence nomme ses petites-filles d'après les sept jours de la semaine, leur construit un appartement-cachette et leur impose un certain nombre de règles vouées à les préserver : elles se partagent une seule identité, nommée Karen Settman, en hommage au patronyme de leur mère, et ne peuvent sortir de l'appartement qu'à tour de rôle, le jour de la semaine correspondant à leur prénom, pour ne pas être repérées par les innombrables flics et autres bornes de contrôles qui quadrillent la ville. Mais partager une identité à sept n'est pas évident, pas plus que rester calfeutrée six jours par semaine ou subir les conséquences logiques du plan de pépé Dafoe, qui veut que ce qui arrive à l'une des sœurs doit arriver aux autres (la perte d'un doigt par exemple). Or il se trouve justement qu'un lundi, Monday ne rentre pas à l'appartement. D'où le titre original, plus intriguant que le nôtre : What Happened to Monday ?




La mise en place du récit, claire et efficace, n'est pas avare en tension, et surtout parvient en un rien de temps à nous faire croire aux sept sœurs parfaitement identiques, à ce personnage officiel unique divisé en sept identités différentes, toutes incarnées par une Noomi Rapace démultipliée à l'écran, qui n'est sans doute pas pour rien non plus dans la faculté du film à nous faire très rapidement marcher dans sa combine (là où l'on passait tout Okja, par exemple et uniquement pour citer un autre film Netflix récent, à zieuter le gros tas de viande hideux sans mordre dedans une seule fois). L'actrice, qui a eu le bon goût de refuser d'apparaître dans Alien : Covenant pour jouer ici, parvient sans trop forcer à exister dans la peau de chacune des sept sœurs tout en dépassant les stéréotypes dont le scénario les affuble pour mieux les distinguer. Il est au bout du compte assez étonnant d'être confronté dans le même temps à des héroïnes fragiles (les sœurs sont intelligentes, vaillantes, voire combattantes, mais n'ont rien de wonder women indestructibles, et heureusement) et à une entité, Karen Settman, quasiment inépuisable, increvable (ou presque...), puisque dotée de sept vies, comme les chats. Dommage que Karen Settman ne soit pas un chien, car  si c'était un chien doté de sept vies comme un chat, ces sept vies seraient multipliées par sept comme chez les chiens, ce qui lui ferait quarante neuf vies...




La deuxième partie est moins convaincante, du fait de quelques incohérences, de scènes agaçantes où les personnages agissent soudain comme des abruties (cette discussion sur les exploits sexuels présumés d'une des sœurs à la tignasse peroxydée tandis qu'une autre est en danger de mort et a besoin d'aide... ou, juste après, quand ladite sœur s'en va perdre son pucelage avec un gardien de la paix et communique des codes secrets aux autres jours de la semaine tout en profitant au max d'un cunnilingus de tous les diables...), d'un certain trop-plein d'action, et d'une révélation finale attendue mais un brin énorme, qui tartine les méchants de plus de méchanceté qu'il n'en fallait et rend le propos du film plus grossier. Mais, sans crier du tout au chef-d’œuvre, on peut se satisfaire d'un film plutôt original (sur un seul aspect, mais central, celui d'une seule actrice pour incarner sept sœurs jouant toutes le même rôle, hors les murs de leur tanière), correctement ficelé et entraînant, nettement supérieur à ce qui sort en ce moment dans le genre, qui aurait pu être davantage mais qui est déjà bien agréable.


Seven Sisters de Tommy Wirkola avec Noomi Rapace, Willem Dafoe et Glenn Close (2017)

29 août 2017

La Momie

Sorti cet été sur les écrans parmi un flot hallucinant de déchets du même acabit, The Mummy est... comment dire ? Cela pue. Encore un film qui se veut tabasse-l'oeil mais qui n'accroche pas une seconde nos mirettes, épuisées de voir pour la millième fois Tom Cruise courant entre les balles, sauvant une blonde insipide de la mort dans un avion en chute libre, échappant à une tempête de sable prenant les traits d'une momie débile, etc. Oui, vous me direz qu'on a déjà vu ce truc-là dans La Momie de Stephen Sommier avec Brendan Frasier (qui était un remake en acajou du film de Karl Freund de 1932, mais qui est un grand film comparé à celui de cette année). Le film d'Alex Kurtzman fait également allusion à la saga Indiana Jones et à plein d'autres trucs. Je ne sais pas quels sont les taux d'emprunts ces temps-ci mais ça risque de coûter pas mal aux manchots derrière cette ânerie. En parlant du premier épisode de la précédente saga La Momie, elle date d'il y a dix-huit ans. Normalement c'est le temps requis pour devenir adulte. Mais Tom Cruise et ses potes sont plus trépanés que jamais.





Le bellâtre incarne ici un pilleur de tombes absolument idiot affublé d'un acolyte non moins con, qui tombe par chance sur une tombe égyptienne au nord de l'ancienne Mésopotamie, et aussi par chance sur une jeune archéologue qui a trouvé le temps, en pleine guerre d'Irak, de se faire une couleur et des ondulations (probablement chez Abdella'tifs, si les coiffeurs irakiens ont le même sens de l'humour que les nôtres). Et naturellement, comme ces gens sont tous bêtes à en crever, ils réveillent un mal millénaire (une femme égyptienne qui voulait le pouvoir fit un pacte avec Seth, le dieu des morts, tua son père et son frère, et fut maudite, momifiée vivante, blablabla...). Et, bien entendu, Tom Cruise sera choisi par la momie pour être l'élu, ce qui n'est guère étonnant puisque le film est tout à sa gloire (il semble notamment très fier d'apparaître tout nu dans une morgue), sous couvert de second degré jamais drôle.





Il y a pourtant une autre star à l'affiche, Russell Crowe, qui fait vraiment de la peine. Son personnage est malade, victime d'une vieille malédiction, mais c'est le comédien qui a l'air mal en point, victime de quelques kilos en trop, d'un œil las et d'un poil terne. Un check-up complet ne serait pas de trop ! Au point qu'il dit à Tom Cruise : "Tu es certes beaucoup plus jeune mais ne me sous-estimes pas", alors que les deux acteurs ont le même âge (même s'il est vrai que Crowe a sans doute plus dépensé chez Jack Daniels que l'autre chez son chirurgien esthétique scientologue... quoique). Russell a droit à l'une des pires séquences, où il se bat contre Tom Cruise à coups de poings avec les yeux révulsés et la voix encore plus rauque que d'habitude. C'est un des nombreux moments du film où l'on se dit qu'on a touché le fond. Mais ces gens-là creusent toujours et préparent sans doute déjà le deuxième volet, où Tom Cruise, désormais maudit lui aussi, habité par le mal, chevauchant sa bécane dans le désert, cherche de nouveaux décors où traîner sa tronche en biais et ses gros biscotos.


The Mummy d'Alex Kurtzman avec Tom Cruise, Annabelle Wallis, Sofia Boutella et Russell Crowe (2017)

25 août 2017

My Cousin Rachel

Bien triste film que ceci. Tiré d'un roman de Daphné du Maurier déjà adapté, mais forcément mieux, en 1952, par Henry Koster, avec Olivia de Havilland et Richard Burton, My Cousin Rachel nouvelle mouture ne fera pas date. En même temps, Roger Michell n'est pas vraiment Alfred Hitchcock, ni Nicolas Roeg (qui portèrent à l'écran Rebecca et Don't Look Now, de la même écrivaine). Non Roger Michell est principalement connu pour avoir tourné Coup de foudre à Nothing Hill, et plus récemment Morning Glory. Et ce n'est pas son dernier fait d'arme qui bouleversera l'histoire du cinéma. L'intrigue tourne autour de la fameuse cousine Rachel (Weisz). Le personnage masculin de cette histoire, Philip, interprété par le médiocre Sam Claflin, en veut à cette Rachel qui a tourné la tête de son parrain lors d'un voyage en Italie et qu'il soupçonne d'avoir rincé le pauvre homme avant de causer sa perte. Il se trouve justement que la Rachel entend débarquer chez lui sous peu, et Philip lui garde un chien de sa chienne. Mais une tasse de thé plus tard, le crétin est sous le charme de l'italienne et suit le parcours de son parrain, assurant ainsi au spectateur de n'être jamais surpris jusqu'au bout du film.




Quand Philip monte dans la chambre de Rachel pour la première fois, au bout d'une grosse demi-heure de film, nous nous apprêtons à la voir apparaître enfin à l'écran. On s'attend à un truc. Peut-être pas à la première séquence consacrée à Kim Novak dans Vertigo, mais un truc du genre. Or, je me suis d'abord dit : "Tiens, j'ai raté le premier plan sur elle ?". Alors je suis monté dans la cabine du projectionniste, qui utilise une Kinoton (première fois que j'en vois une), et je lui ai demandé de rembobiner. Or non, je ne l'avais pas raté ce plan, il était tout simplement anodin, invisible. La messe était dite. Quand tout le film repose sur le charme ambivalent d'une femme, sur un mystère éternel et sans réponse autour de sa véritable nature, sorcière manipulatrice et cupide ou victime passionnée de l'intérêt des hommes, et que le premier plan sur elle, survenant au bout d'une certaine attente, est un plan aussi parfaitement plat et inintéressant que tous ceux qui ont précédé, il n'y a plus rien à espérer. Et de fait.


My Cousin Rachel de Roger Michell avec Rachel Weisz et Sam Claflin (2017)

22 août 2017

John Wick 2

La suite des aventures de John Wick ravira ceux qui avaient déjà été séduits par le premier chapitre et donnera peut-être envie aux autres de programmer une séance de rattrapage. Ce nouveau volet répond à la règle simple de certaines séquelles : bigger, louder, faster, stronger. Dès l'introduction, nous avons ainsi droit à une poursuite en voiture puis à quelques bagarres provoquées par l'inarrêttable John Wick, désireux de récupérer sa bagnole chez un malfrat, quitte à la ramener à la maison complètement défigurée. D'emblée, on entre dans le bain. Mais cette introduction un peu forcée n'est guère un aperçu fidèle de ce que nous réserve la suite, bien plus amusante. John Wick se retrouve de nouveau contraint à reprendre du service, il doit honorer un ultime contrat et se rendre à Rome pour éliminer une ponte du crime qui n'est autre que la sœur de son commanditaire, ce dernier veut ainsi se garantir une place de choix parmi la confrérie d'assassins internationaux sur laquelle cette suite lève encore un peu plus le voile.




John Wick 2 est peut-être le film qui s'apparente le plus à un de ces jeux vidéo dont le héros doit flinguer tous les ennemis qui se présentent massivement à lui. Keanu Reeves doit avoir 20 lignes de dialogue grand maximum mais un "body count" affolant. Son travail consiste uniquement à avoir l'air classe, à manier ses armes comme un pro et à enchaîner les acrobaties dans des chorégraphies toujours très lisibles et proposant parfois des idées sympathiques (il faut voir l'usage que peut faire John Wick d'un simple crayon à papier ou sa façon très pro de maintenir un rival au sol pour mieux appréhender les suivants...). On suit l'évolution de notre personnage à travers différents niveaux, des catacombes de Rome jusqu'à un musée d'art contemporain new-yorkais et, à chaque fois, ces lieux sont plus ou moins propices à des idées visuelles qui font plaisir à voir. J'ai particulièrement apprécié le final au musée où Keanu Reeves progresse dans un palais des glaces aux couleurs flashy du plus bel effet et doit anticiper les mouvements de ses ennemis, malgré les trompes l’œil et autres pièges. Chad Stahelski, désormais seul derrière la caméra puisque son acolyte David Leitch était occupé à filmer Atomic Blonde, n'a rien perdu de son savoir-faire.




En dehors de ça, cette suite continue à merveille le développement patient de cet univers fait d'assassins, de contrats, de hiérarchies et de règles que l'on découvre progressivement, ce qui était déjà l'un des points fors du premier film. Chad Stahelski offre aussi quelques cadeaux à ses spectateurs, comme mettre en scène les retrouvailles de Keanu Reeves et Laurence Fishburne. Ce dernier est particulièrement décontracté dans la peau d'un seigneur du crime du monde souterrain, grimé en quasi clodo, murmurant aux oreilles des pigeons sur les toits new-yorkais. Cela faisait un bail qu'on ne l'avait pas vu aussi cool à l'écran. Les deux acteurs, réunis pour la première fois depuis les Matrix, semblent diffuser une joie communicative de se retrouver, ce qui tombe à pic dans ce film éminemment ludique. Il y a d'autres tronches que l'on est heureux de retrouver, à commencer par Ian McShane, parfait dans le rôle du patron, aussi flegmatique que charismatique, du Continental, l'hôtel des assassins, ou John Leguizamo, le garagiste attitré de John Wick, habitué à retaper les épaves que son client lui ramène, mais aussi Lance Reddick, concierge impassible de l'hôtel, et Franco Nero, tenant des lieux à Rome.




Bien entendu, il faut vraiment avoir envie de s'envoyer un film comme ça pour ne pas abandonner d'entrée de jeu et jurer que l'on a affaire à une débilité totale. Or non, John Wick 2 est, dans son genre, une franche réussite, rythmée par quelques trouvailles réellement louables. Et, à condition d'avoir envie de ça, c'est un très bon moment garanti. En ce qui me concerne, j'avais choisi le soir idéal : Fête de la Musique, gros ramdam autour de chez moi, aucune envie de mettre un pied dehors, mais plutôt de m'enfermer avec un John Wick à cran pour un film qui pétarade comme il faut. C'était parfait. Cette suite est même clairement au-dessus du premier, ce qui est assez rare pour être relevé. On pourra seulement regretter que le mignon petit beagle du 1 ait été remplacé par un sage bulldog noir, assorti aux costards de son maître. Mais ce n'est qu'une question de goûts car, en fin de compte, j'aime tous les chiens. Et je n'aime pas tous les films d'action, loin de là, celui-ci est simplement dans le haut du panier.


John Wick 2 de Chad Stahelski avec Keanu Reeves, Ian McShane, Riccardo Scamarcio, Common et Laurence Fishburne (2017)